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Je déménage.

 

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4.11.09 13:27


 

 

Dimanche 01 Novembre 2009, 02h59

 

Dix semaines d'asphyxie. De lente oxydation. Les couleurs ont fané, petit à petit. J'ai chaussé mes lunettes, je ne voyais plus bien. J'ai monté le volume, je n'entendais plus la musique. J'ai dessiné. J'ai peint. J'ai écrit. Beaucoup. Pour éloigner ce vide, gris et tiède, qui s'insinuait chaque jour un peu plus dans mon coeur, dans mon ventre, dans ma vie.

 

Quatre heures de rémission.  La chaleur de tes jambes posées sur les miennes. Mes bras entourent tes genoux ; brûlent ; de ce feu délicieux qu'on appelle revivre. L'odeur de tes cheveux, si près de moi, les mèches douces qui me frôlent l'épaule. Ton genou contre le mien. La chaleur de ton corps, qui s'insuffle dans mes veines, par tous les portes de ma peau, qui me grimpe jusqu'aux ongles. Envie de sourire, de rire, bon dieu, que c'est beau la vie.

 

Quatre heures d'espoir. D'attente. D'incertitude. De regards flous. De frôlements, ah, pardon, non, c'est rien. Puis mes yeux se sont habitués aux battements de mon coeur, qui reprennent lentement goût à la vie, ils ont traversé le verre et l'acier, une seconde, un millième de seconde, que sais-je. La fatigue me gagnait mais je me suis battue. Je ne voulais pas que ça s'arrête. Je voulais ton odeur, encore, tes jambes sur les miennes, pour toujours, tes cheveux sur mon épaule, jusqu'au lever du soleil.

 

Puis tu t'es levé, tu as embrassé ma joue, tu m'as souri. Je ne t'ai pas raccompagné à la porte ; non.  Le gel qui emprisonnait mon coeur s'est très vite reformé, ma peau s'est tendue à nouveau de désespoir. Mon corps aurait succombé au brouillard de la rue. J'ai entendu la porte claquer. J'ai tourné la clé dans la serrure. Je me suis lovée dans les coussins, pour garder un peu de ta chaleur, un peu de ton odeur, rien qu'un peu, rien qu'un tout petit peu, pour une minute, une seconde, un millième de seconde, encore un peu.

 

Mon coeur s'est engourdi. Mes paupières sont restées ouvertes. Mon regard, à nouveau flou, s'est perdu dans le vague, et je t'attends. 

 

 

1.11.09 03:07


Vendredi 09 octobre 2009

 

Des dizaines de mois se sont écoulés. Dans le silence. Dans l'obscurité. Celle qui blesse, qui écorche, qui fait piquer les yeux et tourner, se retourner et se retourner encore le ventre à l'intérieur. 

 

Et puis un soir. Une envie. Comme ça. Une idée. Qui pointe. Qui fait son petit chemin. J'allume une lampe, je remets un disque, je me ressers un Coca-Light. Quelques clics. Quelques recherches. Beaucoup de nostalgie. Des regrets. Des remords. Des envies d'encore. Des visages, qui se bousculent dans ma tête, des voix qui s'entremêlent, par-dessus celle qui me crie de revenir.

 

No', Boyan, Ange, Paupière, Plume, Pilopp. Je me sens stupide, mais vous me manquez. Je voudrais retrouver vos mots dans la moiteur de la nuit. Relire vos phrases, retrouver la musique de vos sourires sur les photos floues. Savoir ce que tout ceci est devenu. 

 

Et je m'interroge. Que suis-je devenue ? Je l'ignore. Mais j'ai changé. Je veux retrouver tous ces mots, ces images, ces liens, ces aventures et ces étoiles. Pas un retour en arrière, non ; juste de la nostalgie, et la certitude que, oui, c'est la vraie vie. 

 

La nuit est déjà tombée et le disque s'est terminé. Il n'y a plus de bulles dans mon verre, j'ai les yeux rouges et les joues noires. Mes doigts glacés pianotent encore, sans but, sans certitude, sur le clavier, tripotent un crayon qui traîne. Je les fais craquer, je tire sur les articulations, jusqu'à la douleur. La lumière floue, blanchâtre, de l'écran qui se reflète sur le mur me fait tourner la tête. 

 

Je suis là. 

 

 

9.10.09 20:35


 

 

Vendredi 09 Octobre 2009

 

Tant de silences. Tant de chansons. Le vent dans les arbres, le soleil dans les yeux, et le bruit de mes pas sur les pavés mouillés. Plus tout à fait la même ; pas si changée que ça. Comme une envie qui me prend à nouveau, qui le serre la gorge de sa force et empoigne mes doigts. 

 

Qui se glisse dans ma main et desserre mes poings. Mano Solo.

 

A bientôt. 

 

 

 

9.10.09 08:26


 

 

Vendredi 11 Janvier 2008

 

Rien envie de faire. Même le Coca-Light ne me fait plus aucun effet. Deux gorgées, et puis je n'ai plus envie. Des litres de thé à la place, parce que j'ai soif quand même et que ça m'empêche d'aller dormir 23 heures par jour. Quelques livres entamés par-ci par-là sur le tapis. Des piles de disques un peu partout, parce que toutes les planches sont prises, et que je n'ai pas envie de commencer des triples rangées. Comme les dents des requins. ça me suffit.

 

Rien que des jours vides. Froids et humides ? Non, je ne crois pas. Frisquets. Avec de la bruine. Pas assez pour me faire sortir un parapluie, mais assez mouillés pour m'emmerder au plus haut point. La solitude comme une chape de plomb, mais pas aussi lourde qu'une couverture bien chaude sous laquelle je mets des heures à m'endormir.

 

Des rêves. La Pologne. Milan. Saint Petersbourg. Une nouvelle robe qui n'arrive pas. Une paire de bottes dont je ne veux déjà plus. Des cahiers avec une jolie couverture mais aucune inspiration. Mes cheveux si longs, toujours plus longs, qui me caressent le dos et dépassent désormais les encrages noirs sur ma colonne, bientôt cachés par ce rideau sombre qui m'exaspère. L'envie de tout couper, d'un geste rageur, comme dans les films ; on ferme le poing dans la nuque, et schlak, une lame bien affûtée ; puis les mèches mortes en paquets dans le lavabo blanc, et les larmes.

 

Et puis un soir, un écran qui clignote. Vous avez un nouveau message. Qui, moi ? Quelqu'un a pensé à moi ? Je cherche à me souvenir des trois touches à enfoncer ; je les compose enfin. Une voix claire qui fanfaronne à mon oreille. Coucou, c'est moi, je voulais juste t'appeler, pour t'appeler quoi. Tu dois être occupée, je rappelle demain. Salut. Le message le plus simple du monde. Celui qui occupe les bandes de millions de répondeurs chaque jour. J'ai enfin compris de quoi j'avais besoin. J'avais besoin d'entendre ces mots basiques, d'entendre je voulais t'appeler.

 

(...)

 

Pour ne pas trancher net dans les mèches noires emmêlées qui m'obsèdent depuis ce matin, je me souviens de l'invention du téléphone. Tu as essayé de m'appeler ? ça va ? Et j'entends dans le combiné Si ça te tente, samedi soir je te fais des crêpes. Tu viens ? Et soudain la pluie cesse, mon sourire revient, et j'ai envie de faire quelque chose. J'ai envie de faire quelque chose. J'ai envie de dépenser mes derniers sous pour un billet de train tout moche. J'ai envie de me lever très tôt pour courir à la gare dans la nuit et partager la banquette avec des inconnus mal lunés. J'ai envie d'appeler d'autres gens, de dire que je passe par leur ville.

 

A quelle heure tu arrives ? Oh, chouette, je passe te chercher et tu viens à l'appart, on a pris un chat, il s'appelle Jack, il faut que tu le voies, il est tout noir ! Et soudain je me souviens que je suis seule, que j'aime ça et que j'ai besoin de marcher sur les pavés mouillés sans but. J'avais prévu de faire un tour en ville, de regarder quels bâtiments ont changé, de lire le nom des rues. Je te suis ! Tu es une princesse, c'est toi qui décides. A samedi !

 

Et soudain je me souviens que la solitude c'est nul, que les pavés mouillés ça glisse et que personne n'en a rien à foutre de savoir les noms des rues.  

 

 

 

11.1.08 14:20


 

 

 

 

Lundi 17 Décembre 2007


Je regrette tant. Ces pages de cahiers griffonnées, ces morceaux de brouillon chiffonnés, ces croquis pas terminés. Le musique qui s'échappait de mes doigts, de ma gorge après le passage du contenu de mon estomac, dans un sens, puis dans l'autre. Le sang, parfois, souvent. La nuit. Les levers du jour sur mes yeux bleu glacier qui n'avaient pas cligné, pas d'un cil. J'étais maigre, j'étais malade, j'étais affreusement belle, et je crachais mon amour du monde en des volutes de gerbe et de musique.


Aujourd'hui j'ai repris du poil de la bête, même si celui fin et blond court toujours sur mon dos, mon ventre, mes épaules et mes joues, si on regarde dans la lumière, un peu vers la gauche, en penchant la tête. Pas un mot, ou presque, pas un trait, ou presque, et la poussière sur l'étui de la guitare, et le bois sec de mes flûtes qui craquèlent dans leur boîte d'ébène. Je m'ennuie. Les maux de ventre et de tête ont été remplacés par le vide de mon coeur, qui résonne douloureusement les nuits de pleine lune, comme l'animal affamé, furieux, redoutable que je regrette tant.

 

 

 

 

 

17.12.07 19:23


 

 

 

Jeudi 08 Novembre 2007

 

 

J'aime les couloirs plongés dans l'obscurité, frôler d'étranges silhouettes sans visage, écouter le glissement des étoffes et des corps contre les cloisons de bois. Je me faufile entre deux ombres qui discutent, l'une pose une question. Je les dépasse, l'autre répond. Cette voix. Mon coeur explose, j'accélère ma course, pousse la première porte, vite, je la claque dans mon dos et tombe assise sur les marches. Petit noyau de peur, serti de métal et de regrets. Des millions de questions sans réponse se bousculent et se font écho dans ma tête qui soudain me refait si mal ; le sang palpite ; mon coeur aussi ; j'ai peur, j'ai mal, je me souviens. Je me relève, il faut que je la revoie, que j'attrappe son bras un peu trop violemment en appelant son nom si doux, il faut qu'elle lève les yeux vers les miens et me réponde de cette voix si chaude, si douce, si belle, qui vient de détruire mon illusion de vie. Bien droite sur mes jambes, je rentre, j'allonge le bras vers l'interrupteur pour la voir s'engouffrer dans un salle inconnue, franchir le triangle de lumière jaune qui la sépare de mon obscurité, un rayon fait briller des lunettes que je ne lui ai jamais connues. La porte se referme, et me voilà seule à nouveau, il est trop tard, je l'ai ratée, j'aurais dû courir, me jeter sur elle, à ses pieds, m'aggripper à ses cheveux en suppliant. Quelques bruits assourdis me sortent de ma torpeur, comme par un mauvais sort mon pied refuse de nouveau de bouger, la douleur qui s'était assagie depuis quelques jours me brise les os, s'enfuit le long des tendons et commence l'incendie de mes nerfs ; mon genou se plie, les muscles atrophiés se recroquevillent sur le cartilage malade ; je serre les poings ; m'adosse au mur ; y appuie mon membre glacé. Quelques secondes. Quelques pas. Caroline.

 

 

 

8.11.07 19:14


 

 

Dimanche 30 Septembre 2007

 

Qu'y a-t-il de pire qu'être réveillée à 4h du matin par la détresse d'un ami ? Le savoir assis sur le seuil d'un immeuble qu'il ne reconnaîtra pas une fois le soleil levé, le savoir ivre mort et le visage inondé de larmes, seul dans une rue dont il a oublié le nom ? Encore hagarde, les cheveux en bataille et les yeux bouffis par mes propres larmes de la veille, je ne sais quoi répondre. Je suis bourré, je suis triste, je t'appelle du fond de ma solitude. Je lui dis juste que je suis là, à plus de 300km de sa rue mal éclairée, je suis là. Ensuite, je serai bien obligée de me rendormir, sinon je vais penser à ma solitude à moi.  

 

Impossible de me concentrer sur les changemens de souverain pontife après la mort de Lorenzo di Medici. J'allume MTV, et me laisse emporter par les vieux clips 90's de l'après-midi. Don't speak... Envie de prendre un livre, de rouler à vélo, de danser sur un air d'accordéon, de prendre le métro et de sourire aux gens, de m'enfoncer dans les coussins avec les rats endormis sur mon ventre. Et je suis à mon bureau, à jeter les cheveux qui restent enroulés au bout de mes doigts en rêvant tristement à ce qu'aurait pu être ma vie.

 

 

30.9.07 17:01


 

 

Dimanche 23 Septembre 2007

L'ombre, la fraîcheur des arbres. Le bruit des outils, la poussière, la colle. Tous les chats, aussi, leur corps tiède contre le mien, mais sans amour. Un verre d'eau trop lourd, assise sur un canapé inconnu. Les pieds froids sur le carrelage, peur d'user mes chaussettes toutes neuves. Les chats, encore, qui miaulent et se dérobent à mes caresses. Le vertige.

 

 

23.9.07 22:26


Samedi 22 Septembre 2007

Je slalome entre les piétons, sur mon vieux vélo rouillé. Les freins sont plus vieux que moi, on m'entend ralentir jusqu'au prochain pâté de maisons, j'en suis sûre. J'esquive les chiens puants, les enfants qui braillent, les starlettes en jupe blanche, au bout de la rue j'entends la mélodie habituelle du petit vieux à l'accordéon. Je lui envoie un sourire en resserrant les mains sur le guidon à cause des vibrations des pavés. Un arrêt par la librairie japonaise, encore un sourire pour le vendeur aussi chevelu qu'adorable, et aussi tatoué que timide, quelques BD viennent alourdir ma besace. Je repars vers la peinture vitrail. Une énorme berline métallisée manque de me renverser, son chauffeur m'insulte, quelques coups de pédale grinçants m'éloignent de cet avorton.

J'essaie. Je fais de mon mieux pour recommencer à écrire. Mais j'ai plus l'impression de grattouiller le journal intime d'une ado boutonneuse sans aucun avenir que retrouver avec émotion les mots qui me venaient si facilement, qui découlaient sous mes doigts en mélodies doucereuses. J'ai perdu les accents froids, les ombres nocturnes, les sourires en-dedans et les rêves cotonneux qui parfumaient ma petite chambre. Je ne sais plus écrire ce qui se cache au fond de mon crâne et au fond de mon coeur, je ne sais plus penser, je ne sais plus ressentir. Depuis bientôt deux ans, de lourdes bouffées de blanc ont aseptisé la rage et la colère qui m'animaient ; je suis devenue pâle, fade, sans saveur, je ne ris plus toute seule, je ne dessine plus, je pleure quand je suis perdue, et quand j'ai mal mes yeux restent secs.

J'ai peur de ma vie, peur de ce que je suis devenue, peur de ce vers quoi je m'avance en quatrième vitesse. Je roule tout droit sur le périph' depuis des heures, j'ai mis les pleins phares pour qu'en face ils ne voient pas que je pleure. Au loin je vois un mur qui recule à mesure, et je sais qu'un jour viendra, le mur s'arrêtera...

22.9.07 20:05


 

Lundi 17 Septembre 2007

 

Le paysage qui défile derrière le pare-brise un peu sale, de la musique dans les oreilles et l'odeur de sa lessive qui me parvient par à-coups. Parfois on se chamaille, pour changer de disque ou s'arrêter pisser. On rit des noms des villages, Chaubuisson, Coole, Montmiral, La Bobotte, La Raccroche. On siffle toute la Cristaline en regrettant de pas en avoir emmené plus.

 

La chaleur et l'odeur des gaz d'échappements, les klaxons et les gens stressés. Le plastique chaud et le tissu usé de l'accoudoir me râpe le coude, j'enlève mes Converse et reprend une gorgée. Il s'étire parfois, en s'allongeant vers l'avant jusqu'à toucher le volant avec son nez. Ca me fait marrer, et je me marre.

 

La poussière, les odeurs de bière et de pisse, de gaufres et de merguez. Les oreilles qui sifflent, tous ces applaudissements, mon sac à dos me scie les épaules et j'ai envie de manger des fruits. J'achète quelques cubes de melon frais, sucré, délicieux. Olivia Ruiz se démène quelques mètres au-dessus de moi, dans une robe très courte constellée de paillettes rouges. Elle s'assied, ôte ses jolis escarpins dorés, et j'aperçois le triangle blanc de sa petite culotte. Elle reprend de vieilles chansons cubaines que j'adore, je reprends en coeur, et malgré la douleur dans mes genoux je saute et danse à m'en fondre le tshirt sur la peau.

 

La nuit qui m'enveloppe, son corps contre le mien, je n'ai plus l'habitude, l'odeur de sa peau me submerge, je viens me coller à son épaule et il me fait une place. Je m'endors avec le nez sous son aisselle et le goût de son sommeil au fond de la gorge.

 

On fait des grosses bulles de bubble gum, elles nous éclatent sur le nez, ça sent fort la fraise dans la voiture bloquée. Putain de périph', toujours un accident exactement sur la voie que tu veux emprunter. Il s'énerve un peu au volant, voudrait rester calme, s'énerve de s'énerver. On mâche la bouche ouverte et on reprend en choeur le live grésillant que nous crache l'autoradio.

 

La chaleur, les gars ivres qui nous prennent dans leurs bras ou s'assoient à côté de nous. Coincés dans les embouteillages, on a raté le début de Luke, mais en bons post-ados en jean troué, on sautille avec tous les autres pour La Sentinelle. Il s'achète un kufta pas trop catholique, encore des illuminés qui voudraient changer le monde tentent de nous entraîner dans leur misérable soirée de solitaire. On se moque, cette jeune fille que je ne connaissais pas la veille est décidément magnifique, j'observe son visage s'animer et sa voix monter, descendre. Une tache de naissance sur sa joue droite vient chambouler tendrement la parfaite symétrie de son visage couleur miel.

Je joue des coudes pour me faufiler jusque tout devant, ce soir c'est Johnny Borrell, la dernière fois j'étais si près que je sentais l'odeur de sa peau en sueur, encore plus près sinon rien. Je saute, je danse, j'écarquille les yeux malgré la poussière qui voudrait tout gâcher et me brûle les yeux. Son visage imprimé en bleu sur mon tshirt me fait face, animé, éclairé d'une rage que je ne lui avais encore jamais vu. Puis les filles s'éloignent, elles n'aiment pas Iggy Pop, pourtant il se déchaîne comme d'habitude, saute dans la foule, montre ses fesses, hurle des fuckin fucker and motherfucker à s'en déchirer les poumons, et mon homme saute dans tous les sens en hurlant, ça me fait sourire.

 

Encore de la poussière, et un soleil blanc qui me brûle les yeux et la nuque. Quelle idée d'avoir les yeux si bleus, la peau si blanche, quelle idée de n'avoir que des polos noirs quand il fait 30° dans la foule en ce début d'après-midi parisien. On s'achète des chapeaux de paille vietnamiens, enfin le soleil n'a plus de prise sur nous, et on rit à s'en fait péter la mâchoire, on demande aux passants de nous prendre en photo, alignés en rang d'oignons avec nos chapeaux de cueilleur de riz et nos tshirts dégueulasses.

Renaud s'avance, je ris, je pleure, mon bon vieux Renard, si tu savais... Après des discours qui font mal aux oreilles, il vient panser mes blessures et nous faire danser à s'en étouffer, soulever des torrents de poussière sèche et vicelarde, qui s'insinue dans nos gorges qui pourtant continuent de chanter. Pantalon impeccable, cheveux gris et voix presque posée, si je ne l'aimais pas tant je ne l'aurais pas reconnu. Pourtant. Son foulard rouge, comme un étendard. Rouge-gorge de mon coeur !

Emus aux larmes, épuisés, couverts de sueur et de poussière, on se promène encore quelques heures entre les stands, sans trouver la sortie, une crêpe au sésame et un Coca-Light plus tard nous voilà sur le chemin du retour, à indiquer la plus proche gare RER à des parisiens de la Madeleine et se moquer des flics bedonnants tranquillement posés sur leurs énormes motos.

 

 

Sur le chemin du retour, la route se fait plus grise. Humide comme un dimanche de solitude. Stations-service miteuses, petite monnaie imprimée sur la cuisse au milieu des traces en creux des coutures de mon jean, je fredonne sans grande conviction des chansons que de toutes façons je n'aime pas.

Détour par une ville que je déteste tout autant, on se gare et on rejoint à pied, sous la pluie froide, l'hôpital central où F. nous attend, immobile dans son petit lit blanc. Ou plutôt, c'est nous qui l'attendons, tandis que lui divague, perdu, sur son nuage, dans son tunnel, son océan d'ouate, que trouver d'autre comme image pour ce mutisme et cette absence. Ses paupières se soulèvent quand on répète son nom, ses yeux bruns nous regardent-ils vraiment ? Tu m'entends ?

Sa main ne réagit pas sous la nôtre, ses doigts sont mous, raides, je ne sais pas, crispés sur le drap immaculé juste au-dessous de la sonde enfoncée dans sa gorge et qui respire à sa place. Parfois il tousse, je sursaute, impossible de dire un seul mot. Des lignes de sueur froide me courent dans le dos, sur la poitrine, viennent imbiber mon jean trop lâche sur les hanches. Le bruit des moniteurs qui soufflent autour de lui, de la trachéo qui expire sous sa gorge, du drain qui lui sort de la tête, mes jambes ne me soutiennent plus, je vois des milliers d'étoiles et je pleure des larmes glacées qui seules me gardent debout.

Je prends sa main tiède, je ne sens même pas sa peau, les gants de latex nous empêchent de l'atteindre vraiment, et cette blouse stérile trop grande pour moi, ai-je l'air d'un fantôme ? d'un membre de ce clan d'agités qui le retournent, l'ouvrent, le referment, lui glissent des tubes de métal autour des os et vident les sachets étranges accrochés tout autour de son lit ? d'un ange, peut-être ? L. lui parle, lui dit qu'on l'attend tous, qu'il doit revenir, son chien s'ennuie sans lui, et leurs parties de jeux de rôles restées en plan depuis bientôt huit semaines. Les larmes reviennent de plus belle, tu détruisais les manettes en appuyant sur tous les boutons en même temps, tellement tu voulais gagner, là aussi tu dois gagner, tu dois te battre et te réveiller, on t'attend tous, c'est comme dans Tekken, bats-toi, il faut que tu gagnes, j'espère qu'il l'entend...

Ses parents arrivent, nous parlent de ses progrès, ce matin il a bougé un orteil. Je commence à me sentir revenir, je peux me relever du fauteuil dans lequel je m'étais réfugiée. Puis son père nous explique l'hématome, l'eau qui imbibe son cerveau, relève le drap et nous parle des fractures ouvertes. Je vais vomir. Déjà le relief des broches que j'aperçois sous le drap, étranges sommets là où ils ne devraient pas, paysage étranger qui se dresse et déforme son corps. Déjà les bandages, sa joue balafrée, son crâne rasé. Déjà le tuyau dans son nez, la sonde dans sa gorge, le drain de sa tête. Déjà les points rouges des agrafes qui courent sur ses bras, le long d'un trait rouge, boursouflé, que sa mère caresse distraitement en lui chuchotant des encouragements que je n'entends pas.

L'odeur du savon antiseptique, de la blouse qui se dégrafe dans le dos. Il me faudra plusieurs heures pour tenir sur mes jambes et ne plus sentir ces étoiles me parcourir l'esprit et m'appeler au sommeil soudain. Mais ujourd'hui, il a bougé un orteil.  

 

Retour enfin, dans la minuscule pièce encombrée de livres et de carnets, l'air sent le renfermé, j'avais laissé la vaisselle sale en partant. Les rats me font la fête, s'aggrippent aux barreaux comme jamais, je les couvre de baisers avant de me forcer à aller me coucher. Pourtant depuis bientôt cinq heures, je ne veux pas fermer les yeux, je ne veux pas que le jour se lève, je voudrais que le vent trop froid me gèle jusqu'aux os et que le bleu sombre de la nuit m'enveloppe, doucement, comme une large cape de laine bouillie. Je voudrais m'endormir lourdement, d'un seul coup, sitôt allongée, mais je sais que je ne le pourrai pas, alors je range des papiers, je classe des disques, je trie du linge sale. Dans cinq heures aussi, je devrai me lever, le soleil sera déjà là.


18.9.07 02:09


 

 

Jeudi 13 Septembre 2007 - 22H34

 

Je commence par dire à quel point vos passages discrets mais répétés m'ont touchée ; et surprise d'abord. Avant la réforme de 20six, j'avais la chance de partager un réseau assez étendu de personnes aussi diverses et variées que Nevermind, Clochette, Boyan, Lunch Box, Matyaa, Ebi, Orelie, Marion... Ce soir il me faut plusieurs heures pour effacer les liens brisés et rechercher des pages tournées, des prénoms camouflés, des photos qu'on ne reconnaît plus et des adresses incongrues que je classe méticuleusement, comme pour rattrapper le temps perdu.


J'ignore encore pourquoi j'ai fermé toutes les portes. Pourquoi j'ai fermé tous les cahiers. Pourquoi j'ai rangé tous les pinceaux, les cahiers de lignes par cinq. Pourquoi le bois a bougé, le son s'est voilé, même mes flûtes meurent à petit feu. Pas un dessin, pas une toile, pas une mélodie ne sont sorties de moi depuis bientôt deux ans. Quelques poèmes, si peu, quelques textes barbouillés, même pas d'encre sur les doigts, juste un tintement métallique et une lumière bleue dans la nuit.




Des hectolitres de Coca-Light et une vingtaine de Converse plus tard, me revoilà.



13.9.07 22:31





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