Samedi 22 Septembre 2007
Je slalome entre les piétons, sur mon vieux vélo rouillé. Les freins sont plus vieux que moi, on m'entend ralentir jusqu'au prochain pâté de maisons, j'en suis sûre. J'esquive les chiens puants, les enfants qui braillent, les starlettes en jupe blanche, au bout de la rue j'entends la mélodie habituelle du petit vieux à l'accordéon. Je lui envoie un sourire en resserrant les mains sur le guidon à cause des vibrations des pavés. Un arrêt par la librairie japonaise, encore un sourire pour le vendeur aussi chevelu qu'adorable, et aussi tatoué que timide, quelques BD viennent alourdir ma besace. Je repars vers la peinture vitrail. Une énorme berline métallisée manque de me renverser, son chauffeur m'insulte, quelques coups de pédale grinçants m'éloignent de cet avorton.
J'essaie. Je fais de mon mieux pour recommencer à écrire. Mais j'ai plus l'impression de grattouiller le journal intime d'une ado boutonneuse sans aucun avenir que retrouver avec émotion les mots qui me venaient si facilement, qui découlaient sous mes doigts en mélodies doucereuses. J'ai perdu les accents froids, les ombres nocturnes, les sourires en-dedans et les rêves cotonneux qui parfumaient ma petite chambre. Je ne sais plus écrire ce qui se cache au fond de mon crâne et au fond de mon coeur, je ne sais plus penser, je ne sais plus ressentir. Depuis bientôt deux ans, de lourdes bouffées de blanc ont aseptisé la rage et la colère qui m'animaient ; je suis devenue pâle, fade, sans saveur, je ne ris plus toute seule, je ne dessine plus, je pleure quand je suis perdue, et quand j'ai mal mes yeux restent secs.
J'ai peur de ma vie, peur de ce que je suis devenue, peur de ce vers quoi je m'avance en quatrième vitesse. Je roule tout droit sur le périph' depuis des heures, j'ai mis les pleins phares pour qu'en face ils ne voient pas que je pleure. Au loin je vois un mur qui recule à mesure, et je sais qu'un jour viendra, le mur s'arrêtera...