Vendredi 11 Janvier 2008
Rien envie de faire. Même le Coca-Light ne me fait plus aucun effet. Deux gorgées, et puis je n'ai plus envie. Des litres de thé à la place, parce que j'ai soif quand même et que ça m'empêche d'aller dormir 23 heures par jour. Quelques livres entamés par-ci par-là sur le tapis. Des piles de disques un peu partout, parce que toutes les planches sont prises, et que je n'ai pas envie de commencer des triples rangées. Comme les dents des requins. ça me suffit.
Rien que des jours vides. Froids et humides ? Non, je ne crois pas. Frisquets. Avec de la bruine. Pas assez pour me faire sortir un parapluie, mais assez mouillés pour m'emmerder au plus haut point. La solitude comme une chape de plomb, mais pas aussi lourde qu'une couverture bien chaude sous laquelle je mets des heures à m'endormir.
Des rêves. La Pologne. Milan. Saint Petersbourg. Une nouvelle robe qui n'arrive pas. Une paire de bottes dont je ne veux déjà plus. Des cahiers avec une jolie couverture mais aucune inspiration. Mes cheveux si longs, toujours plus longs, qui me caressent le dos et dépassent désormais les encrages noirs sur ma colonne, bientôt cachés par ce rideau sombre qui m'exaspère. L'envie de tout couper, d'un geste rageur, comme dans les films ; on ferme le poing dans la nuque, et schlak, une lame bien affûtée ; puis les mèches mortes en paquets dans le lavabo blanc, et les larmes.
Et puis un soir, un écran qui clignote. Vous avez un nouveau message. Qui, moi ? Quelqu'un a pensé à moi ? Je cherche à me souvenir des trois touches à enfoncer ; je les compose enfin. Une voix claire qui fanfaronne à mon oreille. Coucou, c'est moi, je voulais juste t'appeler, pour t'appeler quoi. Tu dois être occupée, je rappelle demain. Salut. Le message le plus simple du monde. Celui qui occupe les bandes de millions de répondeurs chaque jour. J'ai enfin compris de quoi j'avais besoin. J'avais besoin d'entendre ces mots basiques, d'entendre je voulais t'appeler.
(...)
Pour ne pas trancher net dans les mèches noires emmêlées qui m'obsèdent depuis ce matin, je me souviens de l'invention du téléphone. Tu as essayé de m'appeler ? ça va ? Et j'entends dans le combiné Si ça te tente, samedi soir je te fais des crêpes. Tu viens ? Et soudain la pluie cesse, mon sourire revient, et j'ai envie de faire quelque chose. J'ai envie de faire quelque chose. J'ai envie de dépenser mes derniers sous pour un billet de train tout moche. J'ai envie de me lever très tôt pour courir à la gare dans la nuit et partager la banquette avec des inconnus mal lunés. J'ai envie d'appeler d'autres gens, de dire que je passe par leur ville.
A quelle heure tu arrives ? Oh, chouette, je passe te chercher et tu viens à l'appart, on a pris un chat, il s'appelle Jack, il faut que tu le voies, il est tout noir ! Et soudain je me souviens que je suis seule, que j'aime ça et que j'ai besoin de marcher sur les pavés mouillés sans but. J'avais prévu de faire un tour en ville, de regarder quels bâtiments ont changé, de lire le nom des rues. Je te suis ! Tu es une princesse, c'est toi qui décides. A samedi !
Et soudain je me souviens que la solitude c'est nul, que les pavés mouillés ça glisse et que personne n'en a rien à foutre de savoir les noms des rues.